La virginité de sa mère, Marie, mise en doute
On a longtemps pensé que, dans la tradition juive, la virginité était perçue de manière totalement négative ("Croissez et multipliez…", dit la Bible hébraïque) jusqu’à la découverte en 1967 par l’archéologue Yigaël Yadin d’un texte provenant des manuscrits de la mer Morte, le "rouleau du Temple". Il parle de vierges consacrées et même de vœux de virginité perpétuelle respectés à l’intérieur du mariage. Autrement dit, une jeune fille pouvait prendre un époux et décider (si son mari ne s’y opposait pas) de demeurer vierge. Est-ce la situation à laquelle fut confronté Joseph, l’époux de Marie ? Le nom de Jésus ("Ieschoua") donné à l’enfant était, lui, extrêmement répandu à l’époque. C’est une contraction du nom biblique "Yehôshoua’", Josué, le successeur de Moïse, qui signifie "Dieu sauve". Quand naquit-il ? En tout cas pas le 25 décembre de l’an 1. Ce n’est qu’au IVe siècle que cette date de la Nativité, fictive, fut fixée par le pape Libère, afin de christianiser la fête païenne du solstice d’hiver… On ne peut connaître le jour de naissance exact de Jésus, mais on peut émettre des hypothèses sur l’année de sa venue au monde. Elle se situerait sept ans avant notre ère. Cette année-là, en effet, une conjonction très rare des planètes Jupiter et Saturne s’est produite à trois reprises dans la constellation des Poissons, sous l’apparence d’une étoile éblouissante inconnue– on le sait par le calcul astronomique moderne, mais aussi par des tablettes cunéiformes découvertes à Sippar en Mésopotamie. Or, fait troublant, l’évangéliste Matthieu parle d’une étoile qui apparaît, disparaît puis réapparaît. C’est elle qui guide les mages venus d’Orient.
On connaît un peu la communauté à laquelle appartenait ce nouveau-né. Il était issu d’un petit clan de Juifs pieux arrivés de Mésopotamie au IIe siècle avant notre ère, qui prétendaient descendre du roi David, les Nazôréens ou Nazaréniens. Ces gens attendaient la naissance en leur sein d’un messie, se croyant désignés par la prophétie d’Isaïe : "Un rejeton sortira de la souche de Jessé (ndlr : le père du roi David)." C’est dans cet espoir qu’ils avaient appelé en Basse Galilée leur village "Nazara" ou Nazareth (de "netzer", le "surgeon", c’est-à-dire le rejeton). Marie faisait vraisemblablement, elle aussi, partie de ce groupe, les mariages étant organisés par les familles à l’intérieur de chaque clan. Où Jésus vient-il au monde ? Il n’y a pas de raison de douter que ce soit à Bethléem, la ville de David, comme le disent les Evangiles de Matthieu et Luc, les seuls qui évoquent son enfance. Saint Luc précise même que Marie, enceinte, rejoint cette ville à l’occasion du recensement effectué par le gouverneur de Syrie, Quirinius. Joseph doit en effet s’y faire recenser. Des historiens objectent que le seul recensement connu dans la région a été effectué en l’an 6 de notre ère, mais, comme certains textes antiques semblent le suggérer, d’autres recensements ont pu y être menés durant les années précédentes.
Un autre point des Evangiles reste, lui, en suspens : le massacre des enfants innocents de Bethléem, ordonné par Hérode et relaté par Matthieu, n’est pas historiquement établi. Mais il n’a rien d’impossible si l’on sait que Hérode le Grand était un tyran paranoïaque et sanguinaire.

Jean, l’auteur d’un des quatre Evangiles canoniques, était un prêtre juif et l’un des tout premiers disciples de Jésus (peinture de Boccaccio Boccaccino, XVe siècle). Wikimedia Commons
Les Evangiles synoptiques nous parlent des "frères" et "sœurs" de Jésus. Il faut se garder de prendre ces termes au pied de la lettre. Comme dans les villages africains d’aujourd’hui, tous se disent frères et sœurs en Basse Galilée. En hébreu ancien et en araméen, on se sert du même mot pour désigner un frère de sang, un demi-frère, un neveu ou un cousin ("‘ah" ou "hâ"). Les Evangiles citent quatre de ces "frères" de Jésus : Jacques, Joseph, Syméon et Jude. Jacques, par exemple, est le fils d’une certaine Marie, femme de Clopas. Ce dernier, selon saint Hégé sippe, un écrivain chrétien du IIe siècle, est le frère de Joseph, époux de Marie. Jacques est donc le cousin germain de Jésus. Il deviendra le premier évêque de Jérusalem et mourra lapidé en 62 de notre ère. Syméon, qui est peut-être fils de la même Marie, va disparaître, quant à lui, sous le règne de Trajan (98- 117). De Joseph, le père putatif de Jésus, on sait peu de chose, sinon qu’il est un "tektôn", un artisan-ouvrier du bois, ce qui en fait plus qu’un charpentier prolétaire, comme on le qualifie souvent. Jésus a appris le métier avec lui, et tous deux, probablement, ont travaillé au grand chantier de la région, la reconstruction de la ville de Séphoris détruite par les Romains.
